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Creed

La malade imaginaire

Au royaume du septième art, là où se multiplient comme des Gremlins les univers connectés, les reboot bâtards que personne ne réclame, les suites à n’en plus savoir quoi faire, Creed fait figure d’un opportunisme malsain. Comment donner une suite à Rocky Balboa quand le maquillage et les effets spéciaux ne sont plus capables de taire les rides de son principal interprète ? Une pirouette scénaristique, l’approbation de Stallone relégué au second plan, un réalisateur qui signe son premier long métrage sous la houlette de l’une des plus grandes sociétés de production et c’est la naissance d’un spin off qui surprend, d’autant plus que tout le monde était prêt à l’enterrer six pieds sous terre.

Qu’on le veuille ou non, Rocky est un pan du cinéma américain. Une figure populaire qui a pourtant accouché de longs métrages à la qualité discutable, à l’image de Rocky IV ou plus récemment Rocky Balboa. Stallone est indissociable de son personnage fétiche. Dans ce sens, il demeure toujours une dimension autobiographique dans chacun de ces épisodes. Pour Creed, et il faudrait être sacrément aveugle pour ne pas le voir, il s’agit avant tout de passer le flambeau, de ne plus cacher l’apparente vieillesse de Stallone et de l’ériger en tant que pédagogue, un brin naïf, mais toujours honnête. Rocky est abandonné par ses morts. C’est un vestige. Et si on ne vous parle toujours pas d’Adonis Creed, le fils caché d’Apollo, qui détient pourtant le rôle principal, c’est parce que même quand il n’est pas sous les feux des projecteurs, Stallone attire toutes les lumières dans un rôle qui lui collera éternellement à la peau. Michael B. Jordan n’a pourtant pas à rougir de son travail, même si sa palette d’émotions se résume un peu trop souvent à tirer la gueule. Le fait est que Creed se révèle être relativement classique dans sa démarche, autant que dans sa narration. Les tenants et les aboutissants sont prévisibles, mais la machine est suffisamment bien huilée (et rythmée) pour que le tout fonctionne à merveille. Stallone joue plus que jamais à la perfection sa partition et l’écho avec sa vie d’acteur vieillissant pourrait déboucher les glandes lacrymales les moins usées. Creed est dans l’air du temps, comme le fut les précédents Rocky. C’est un soap opera long de plusieurs décennies. Les rifts de guitare ont laissé leur place à des anthems d’artistes beaucoup plus dans l’air du temps : Future, The Roots, Donald Glover. Au fond, le film est un spin-off moins stupide qu’il en a l’air, pas aussi prétentieux qu’on aurait pu le croire, bien au contraire. Dans ce sens, le réalisateur Ryan Coogler est parvenu à faire de Creed un film qui dépasse son propre cadre.

Étrangement, le film est parsemé d’idées qui auraient mieux fait de crever sur un brouillon, au fond d’une corbeille. Creed n’avait pas besoin d’afficher, le temps d’une pause de quelques secondes, le palmarès de chacun des boxeurs présents, au moment même où ceux-ci apparaissent à l’écran. L’idée était déjà périmée dès sa naissance et rien n’a changé depuis. L’effet de style est vain, il ne sert à rien si ce n’est à tirer le spectateur hors du long métrage en lui montrant à quel point celui-ci est incapable de lui communiquer une information aussi simple. Quelques moments gênants dont on se serait bien passé, à l’image de cette scène où le rejeton d’Apollo Creed affiche toute sa détermination en dévalant à toute vitesse les rues de Philadelphie, accompagné par quelques engins motorisés qui cambrent à ses côtés, le tout bercé par les cris nerveux du rappeur Meek Mill, autre rejeton de Philadelphie. La scène finit en apothéose sur un plan à 360 degrés. On comprend immédiatement le souffle que Ryan Coogler tente de donner à son film, mais l’effet tombe très vite à plat et tourne encore plus rapidement à l’amateurisme. Néanmoins, le réalisateur parvient à effectuer une chose que des films comme Southpaw ou Fighter ne sont jamais parvenus à faire : retranscrire la violence des combats de boxe, caméra à l’épaule, à seulement quelques centimètres des acteurs. L’effet est immédiat, l’immersion jouissive. Esquive, droite, gauche, uppercut, la sueur, le sang, la rage au ventre, Creed est brutal, sans concession et sublime les chorégraphies des sportifs. En dehors du ring, le film de Coogler est plus traditionnel, parfois intimiste, d’autre fois académique. Pour toutes les raisons évoquées précédemment, pour sa dimension transgénérationnelle, pour sa capacité à s’adresser dans une grossière subtilité au spectateur, Creed est bien plus qu’un film de boxe. C’est un testament, celui d’un acteur qui doit sa réussite à deux choses : sa détermination et le reste du monde.

Creed REVIEW 02

Par Sholid le

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