Pour améliorer votre expérience , nous utilisons des cookies sur notre site Web.
Si vous continuez à naviguer sur ce site, vous acceptez d'utiliser des cookies sur le site Internet Sick Magazine . Ok En savoir plus

Cogan, Killing them Softly

Spleen du criminel

Si ce poème devait avoir un titre, cela serait : Le spleen du criminel. Killing Them Soflty est un euphémisme pour mieux décrire un film débordant de cynisme et de truands dépressifs. Si Baudelaire était né à cette époque, il aurait presque pu en écrire le scénario.

SANS LIEUX NI TEMPS

En 2008, la crise a frappé. L’Amérique est comateuse. Ce sont les élections américaines mais rien d’autre ne permet de prouver cette temporalité. Et si le temps est incertain, les lieux le sont tout autant. Une voiture, un bar miteux, une vieille maison pourrie, un hôtel sale. Jamais on ne voit vraiment le décor, mais jamais il ne mérite d’être vu. Tout y est répugnant et repoussant. Les dialogues eux-mêmes sont faits pour nous donner envie de quitter la salle. Les échanges donnent lieux à des tirades infinies comme si le temps était vraiment figé. Ces discussions sont si réalistes et inédites qu’elles en deviennent surréalistes. La faute à qui ? A un cinéma qui nous a habitué à l’action colorée, aux dialogues rythmés et éclairs, aux truands charismatiques. Clairement Cogan, Killing Them Softly est un polar noir d’un autre style, ancré  dans ce qu’il y a de plus réel et frappant: l’humanité dans sa noirceur. Désabusé, alcoolique, cynique, frustré sexuellement, stupide, froid. La boîte de pandore est ouverte. A quel point l’Amérique a t-elle sombré ? Les malfrats sont-ils les plus touchés ? Cette dépression donne un caractère poétique quand Cogan, le tueur professionnel, élimine sa première victime sous la pluie dans un slow motion magnifique.

BRAVE PITT

Le protagoniste n’est pas forcément celui qu’on voit en premier, mais il est celui qu’on retient en dernier. Il est appelé pour le sale boulot mais n’a rien d’un simple exécuteur. Il est craint mais n’est pas meilleur que les autres. Il a simplement intégré la fatalité et il incarne le cynisme. A tel point qu’il explique pourquoi le meurtre doit se faire de manière douce (pour le tueur) : « je préfère tuer mes cibles de loin, comme ça pas de sentiments. Si je suis à deux pas, les gens se pissent sur eux, crient, appellent leur maman. C’est insupportable ». Brad Pitt campe Cogan, cet être insoutenable et sans âme dont les meurtres sont d’une violence sans nom. Le jeu des couleurs sombres, les effets spéciaux mis en place pour chacun de ses crimes sont d’une brutalité lyrique. Le caractère terrible de l’assassinat est exacerbé. Et ce travail sur le « style » est aussi présent dès le début du film. L’introduction est en effet coupée entre musique de fond, discours de Barack Obama, générique de début qui alterne avec musique d’ambiance et images de sortie d’un tunnel. Métaphore de la mort, le tunnel est ici surtout pour démontrer que les criminels ne sortent jamais de leur cercle vicieux. Et la lumière, il ne la voit que de loin. Débuté sur Obama, ce long-métrage se clôt sur un autre discours d’Obama que Cogan aura la beauté noire de flinguer en trois répliques. « Il n’y a pas de peuple des États-Unis d’Amérique. Non ici, tu es tout seul, et tu crèves tout seul ». Générique de fin.

> Voir la bande-annonce de Cogan

 

Après 1h37, on a  l’impression de n’avoir vu aucune couleur, aucun sourire sincère, juste une addition de personnages gris, suicidaires racontant leur vie misérable pendant des dialogues interminables. Loin d’être négative, cette mise en condition est terriblement grisante par son réalisme « surréaliste ». Rien ne nous avait vraiment préparé à ça. Un film conçu pour être une comédie non drôle, et imprégné du thème de l’absurde au final.

Cogan - VERDICT

Par FMA le

Plus de lecture