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Carrie, la vengeance

L'humiliation de trop

On n’était pas foncièrement contre un remake de Carrie, premier d’une longue série de romans cultes signés Stephen King. D’autant plus que l’énorme adaptation du génie Brian De Palma commençait un peu à dater (1976). Amer constat : au bout d’une heure trente-huit de film, l’horreur est bien présente, mais pas exactement comme on le voudrait. La recette du nouveau Carrie n’est en réalité pas bien compliquée : vous prenez tout ce que Brian De Palma a brillamment fait, et vous en faites un gros tas de merde.

L’histoire de cette jeune lycéenne aux pouvoirs psychiques est culte. Elle qui n’a jamais réussi à s’intégrer, humiliée à de multiples reprises par ses camarades, et malmenée par une mère fanatique religieuse, a su faire trembler le monde entier. Sa haine grandissante et farouche extériorisait avec une violence inouïe les frustrations et les peurs universelles de tous ceux qui sortaient du cadre de la blondasse pulpeuse ou du joueur de foot lorsqu’ils étaient jeunes. Alors forcément, on attendait beaucoup de cette actualisation du mythe, qui se rétame malheureusement à tous les niveaux. Chloë Grace Moretz a beau essayer de faire de son mieux, elle n’y arrive pas. Les yeux écarquillés, le regard exorbité et les halètements frénétiques ne suffisent pas : elle n’est pas Carrie, et le feu sensé bruler en elle ne traverse jamais l’écran. Hermétique, le spectateur assiste alors à la débâcle d’une énième ado, pardonnez l’expression, bien trop bonne pour être une persécutée de la vie. À vouloir hyper-sexualiser son héroïne, la réalisatrice Kimberly Pierce (Boys don’t Cry) annihile une bonne partie de son propos au profit de la libido de jeunes spectateurs plus avides d’un autre type de sensations. C’est d’autant plus désespérant, puisque le récit original est en grande partie respecté.

Seulement cette version 2013 n’apporte strictement rien de plus. L’idée de faire écho au cyber harcèlement (notamment avec le coup de la vidéo dégradante sur Youtube) aurait pu s’avérer être un apport utile à l‘intrigue, si deux paramètres n’entraient pas en compte : l’idée a déjà été exploitée dans le téléfilm de 2002, et plus généralement elle a déjà été exploitée dans un téléfilm sur cinq qui passe l’après-midi sur TF1. Même les acteurs ne semblent pas y croire, tant on a l’impression de les voir réciter un rôle comme de gentils écoliers. Ils jouent, mais ils n’incarnent jamais. C’est aussi là que se trouve la vraie prouesse de ce remake : avec pratiquement 15 fois le budget de De Palma, Kimberly Peirce réussi à accoucher d’un film 15 fois plus minable. Même l’explosion tant attendue de la jeune fille tourne au final plutôt court. Alors oui on s’en prend plein la gueule (quelques gerbes de sang, quelques ralentis bien placés), mais certainement pas au niveau de ce qu’on est en droit de se ramasser dans la face avec 33 millions de dollars. Un moment il faut arrêter 5 minutes de se leurrer : ce mécanisme de recyclage d’idées, lorsqu’il est mal exécuté comme ici, commence tout doucement à tuer ce qu’il reste de notre putain de culture. Notre conseil : remettez la main sur la version de 1976, vous ne vous en porterez que bien mieux. Ou bien regardez la bande-annonce, puisque tout le film s’y trouve. Après sa mère, après ses camarades de classe, après ses professeurs, Hollywood profère une ultime humiliation envers cette pauvre Carrie. La dernière, on l’espère.

Carrie - VERDICT

Par Yox le

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