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Boardwalk Empire, saison 5

Passation de pouvoir

Difficile de faire une série de mafieux après les Sopranos. Dans l’ombre de la légende, les places se font chères, et la comparaison peut bien souvent être fatale. Pourtant, Boardwalk Empire a su jouer des coudes tout au long de ces 5 saisons. Se taillant au mérite une place dans le cœur d’un public grandissant. L’épopée post-prohibition de Nucky Thompson dans la ville la plus trempée d’Amérique est en tout point passionnante, et trouve ici une conclusion à la hauteur des ambitions de la série. Un show où la politique est souvent bien plus brutale que les actes, et où la mallette de businessman va de pair avec un 9 millimètres. L’ultime chapitre de Boardwalk Empire parle de vengeance, de pouvoir, d’égo, mais aussi de passation de pouvoir. Ou l’art de savoir raccrocher les gants dans la dignité.

Il n’y a pas de nouvel ordre social sans faire couler le sang des anciens. Tout particulièrement dans le monde des mafieux, qui prend bien souvent au pied de la lettre l’expression « tuer le père ». Meyer Lansky, Charlie Luciano, Bugsy Siegel : la jeune génération de criminels est plus que jamais décidée à éliminer un à un les idoles d’hier. Il a mis du temps à se l’avouer, mais Nucky Thompson est pourtant bel et bien l’une d’entre elles. C’est un vieux de la vielle, qui n’est toujours pas décidé à encaisser ses jetons, et à quitter la table. Des années après, le charismatique Steve Buscemi continue à jouer. Il se tient toujours dignement dans son costard hors de prix, déambulant sur le front de mer d’Atlantic City comme vous vous promèneriez en slip dans votre arrière-cour. Il est chez lui. L’homme reste pourtant un mystère entier, que cette cinquième saison entend bien percer à jour par le biais de bonds temporels et autres flashbacks. En nous plongeant dans l’enfance de Nucky, puis les jeunes années de sa prise de pouvoir, Terence Winter nous met directement face à une des dures réalités de notre existence : toute ascension est inévitablement suivie d’une déchéance. Ce qui compte, c’est ce que l’on accomplit entre ces deux périodes. La distorsion espace-temps est ici au service d’un ultime portrait intime, de celui qui reste la figure de proue de Boardwalk Empire. Un joueur hors pair, ex-politicien de renom, qui aura battu le système à plate couture.

Nucky n’est pas le seul à vouloir garder son trône. À Chicago, le grand Al Capone règne au sommet de la pègre. Sous les traits de l’ennemi public numéro 1, l’acteur Stephen Graham est toujours aussi transcendé. Riant aux éclats un instant, avant de brutalement enfoncer le crâne du premier venu la minute suivante. Sa seule action d’entrer dans une pièce a le pouvoir de multiplier la tension d’une scène par 5. Il est l’électron libre sous coke, terrifiant pour ses associés, redoutable pour ses adversaires. Bien souvent les grands égos se rencontrent, et ça ne fait pas toujours bon ménage. Donnant lieu à des sursauts de violences aussi brefs qu’inattendus. On reconnait bien là le scénariste du Loup de Wall Street, toujours prompt dans l’art de maintenir un suspens monstre. Ce n’est plus un secret : la série aime jouer avec nos nerfs, multipliant les plans interminables sur nos personnages favoris en posture délicate. En voyant l’excellent Chalky White errer de manière fantomatique, pris dans une quête désespérée, on en vient presque à revivre les derniers épisodes avec Omar de The Wire. Même acteur, même tension, même solitude, et surtout même charisme. À croire que tous les héros sont voués à finir seuls. À l’image de Nucky, hanté par ses vieux démons jusqu’à la dernière seconde, rattrapé par son destin. La conclusion de ce que l’on retiendra avant tout, comme une excellente série. On vous la conseille les yeux fermés.

Boardwalk Empire S05 - VERDICT

Par Fox Mulder le

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