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Better Call Saul, saison 2

Les raisins de la colère

Il est loin le temps où l’évocation d’un spin-off de Breaking Bad suffisait à fédérer l’impatience et l’excitation. Le résultat n’est pas forcément celui que tout le monde attendait, mais il est assurément le plus malin. La mutation de Jimmy McGill suit son cours, à travers une confrontation avec son frère qui semble désormais interminable. Pour autant, et malgré des problèmes évidents de rythme, Better Call Saul tire son épingle du jeu dans son apparente simplicité et dans l’élaboration d’un conflit familial digne d’une tragédie grecque. L’occasion de comprendre une fois de plus que derrière les fourberies de Saul Goodman se cache un personnage profondément pathétique, qui s’épanouit uniquement lorsqu’il peut jouer en dehors des sentiers battus. Exactement comme Walter White.

La comparaison est inévitable : Better Call Saul n’a pas la carrure de Breaking Bad. Peut-être parce que les jeux sont déjà faits et que la finalité est connue de tous. Peut-être parce que les enjeux ne sont pas les mêmes. Une chose est sûre : dans son rapport à la série mère, le spin-off évite habilement d’étouffer le spectateur avec une avalanche de références. Il est pourtant assuré que la série finira par introduire d’une manière ou d’une autre les protagonistes qui ont marqué la vie de Walter White, en témoigne la scène finale, tout en subtilité. Au fond, cette deuxième saison partage de nombreux points communs avec la première. On suit encore et toujours l’évolution de Jimmy McGill, avocat de talent qui tente d’intégrer les rangs d’un vaste cabinet d’avocat. Les redites sont plurielles. Better Call Saul s’efforce de nous faire comprendre que les lois naturelles sont plus fortes que les lois de l’Homme, comprenez par-là que rien ne pourra vraiment rendre parfaitement intègre le futur Saul Goodman. Manipuler la loi et autrui n’est pas un besoin, c’est une nécessité. Comme Walter White, il le fait avec les meilleures intentions du monde, mais il le fait avant tout pour lui. Jimmy est un orateur de talent. La frénésie est palpable lorsqu’il monte un mensonge de toutes pièces et qu’il parvient à convaincre son interlocuteur. C’est d’ailleurs ce qui le rend d’autant plus pathétique : ses talents lui causeront sa perte et celle de son entourage. Malheureusement, d’une manière ou d’une autre, la série nous a déjà dit toutes ces choses. Puisqu’elle semble manquer de matière, elle intensifie le conflit entre Jimmy et son frère Chuck, quitte à étirer une intrigue plus ou moins lassante.

Une intrigue qui s’étire à tel point que les événements de l’épisode final font écho à des idées qui ont déjà été brassées en début de première saison. Au fond, le personnage qui gagne en épaisseur n’est plus Jimmy, mais Chuck, son nemesis de sang qui couve une jalousie malsaine, malgré la dévotion quasi inconditionnelle de son frère. Si Chuck était de prime abord un pôle opposé, régi par son respect scrupuleux de la loi, il en devient profondément détestable à mesure que sa haine pour son frère grandit. Certes, cette guerre fraternelle devient peu à peu lassante, surtout parce qu’elle repose sur les mêmes procédés, mais il faut avouer qu’un protagoniste antipathique permet de maintenir un intérêt constant : celui de le voir chuter comme il le mérite. Ce qui reste étrange avec Better Call Saul, c’est que la série est devenue autant celle de Jimmy McGill que celle de Mike Ehrmantraut, alors même qu’elle n’a jamais été présentée en tant que telle. Il arrive même à plusieurs reprises que les scènes les plus intéressantes et les plus palpitantes mettent en scène le charismatique homme de main. Néanmoins, au-delà de sa future affiliation à Saul Goodman, la présence de Mike à l’écran demeure quelque peu injustifiée. Tout le monde sait que le duo sera amené à collaborer avec le terrible Gus Fring par la suite. Mais pour celui qui ne garde pas cette idée en tête, il est difficile de pleinement comprendre l’intérêt des péripéties de Mike. Le meilleur moyen d’appréhender Better Call Saul, c’est justement de balayer ses appréhensions, autant que ses attentes calibrées sur Breaking Bad. La série n’aura sûrement jamais l’aura de son aînée, ni même l’intensité. Elle n’en demeure pas moins attachante et captivante.

BCS S02 REVIEW 02

Par Sholid le

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