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Better Call Saul, saison 1

Who you gonna call ?

Capitaliser sur le nom de Breaking Bad en développant un spin off sur un personnage secondaire, c’était quand même prendre le risque de salir l’une des plus grandes œuvres télévisuelles jamais créées. Si l’être humain est capable de pondre une sombre merde comme Joey (la série dérivée de Friends) pourquoi ne serait-il pas capable de reproduire cet échec en explorant le passé de Saul Goodman ? L’explication tient à deux noms : Vince Gilligan et Bob Odenkirk. Le premier pense, le second exécute. Le premier offre une vision, le second offre une version. Et finalement, naviguant parmi les craintes et les regards du coin de l’œil, Better Call Saul s’émancipe et s’impose tout simplement comme l’une des meilleures nouveautés de l’année.

Tout le monde s’accordera à le dire : Better Call Saul n’a nullement besoin de Breaking Bad pour exister. Tout au plus, elle permet de situer son contexte dans un univers défini, mais l’utilité de la série mère pourrait très bien s’arrêter là. Saul Goodman a toujours été un personnage à part entière dans cet univers. À l’origine de nombreux ressorts comiques, l’avocat véreux apportait cette légèreté qui permettait de désamorcer et dédramatiser les situations les plus critiques. Constamment mal sappé, Saul avait pour principale qualité une éloquence à toute épreuve, capable de faire vaciller les criminels les plus déterminés. C’était un orateur de premier ordre, maniant les mots avec une dextérité aussi subtile que sa capacité à faire parler les textes de lois selon son bon vouloir. Le plus grand accomplissement de Better Call Saul, c’est de parvenir à dépasser l’image qu’a laissée le sympathique Saul Goodman dans les esprits. Pour cela, il est nécessaire, comme tout récit initiateur, de déterminer ses origines et ce qui a poussé un honnête citoyen à nager parmi les requins, plutôt que parmi les poissons d’eau douce. Sept ans auparavant, Saul Goodman n’est que Jimmy McGill, un petit arnaqueur de bas étage devenu avocat par la force de sa volonté. Il n’appartient à aucune grosse firme, constamment rejeté pour une raison qui lui échappe. Jimmy vit donc au rythme des contrats que lui offre le tribunal du Nouveau-Mexique, défendant les criminels et autres nécrophiles en devenir. Capable de convaincre un jury entier qu’insérer son appareil génital dans les orifices d’un cadavre relève de l’erreur plutôt que de la pathologie, l’avocat évolue dans ce grand théâtre comme l’acteur raté qui répète ses gimmicks devant les miroirs des toilettes municipaux. Glamour vous avez dit ? Attendez de voir son code vestimentaire. Attendez de voir son bureau. Attendez de voir sa vie, pathétique.

Better Call Saul établit un tour de force qu’il était difficile d’imaginer. La série parvient en seulement quelques épisodes à faire d’un personnage profondément comique, un être qui inspire constamment la pitié. Car Jimmy McGill est bourré de bonnes intentions, de bons sentiments et souhaite faire les choses correctement. Cette attitude, il l’a doit principalement à Chuck, son frère avocat cloisonné à son domicile, car il ne supporte pas les ondes des appareils électriques. Quand bien même cette pathologie psychologique serait un fardeau, Jimmy prend soin de son frère et globalement des siens. Cette première saison est empathique au possible. À l’image de Walter White, le protagoniste principal du spin-off est socialement rejeté, économiquement ruiné alors même qu’il ne demande qu’à s’écrouler sous une masse de travail. C’est tout simplement l’histoire d’un looser qui n’obtient que très peu d’estime de la part de son entourage. La série se joue de cette situation en affichant dès le début un personnage partagé entre une activité légale et la frénésie des arnaques au jour le jour. Après tout, si la vie lui tourne le dos, il lui suffirait de la démonter en levrette. Les conflits intérieurs de Jimmy, ses déceptions, ses victoires illusoires, ses échecs résonnants et ses péripéties grotesques en font un protagoniste plus attachant que jamais. La réussite de ce personnage tient en très grande partie à Bob Odenkirk, un acteur talentueux qui porte sans aucune difficulté le poids de la série sur ses épaules. Narrativement totalement détaché de Breaking Bad, Better Call Saul trouve son affiliation à sa série mère dans sa réalisation et dans son rythme si particulier. Les dix épisodes qui constituent cette première saison ne se valent pas tous, mais ils ont le mérite d’amener discrètement un retournement de situation inattendu. Tout comme la réussite de cette série qui n’a définitivement rien à envier à sa matrice maternelle.

Better Call Saul S01 - VERDICT

Par Sholid le

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