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Antiviral

Célébrité cadavérique

Dans un monde alternatif et glauque, le peuple veut se rapprocher le plus possible de ses stars au point de partager leur maladie. Et ce n’est pas tout: la disparition d’une célébrité est vécue comme un drame national, comme si en France on se mettait tous à chialer la mort de Matt Pokora. Un monde bien dégueulasse en soi, qui pousse le spectateur à se révolter contre cet univers malsain. Le cinéaste Brandon Cronenberg a déjà réussi son premier pari : nous choquer.

PARTAGE MORBIDE

Qui a déjà souhaité pendant un instant partager quelque chose avec une célébrité ? Le taxi d’Eva Mendès, le lit de Natalie Portman, l’entrejambe de Jessica Alba ? Qui n’a jamais rêvé de se prendre pour une célébrité en se disant : putain si j’achète cette veste, ces lunettes je me prendrais un peu pour Leonardo Di Caprio, Ryan Gosling ou encore Bradley Cooper. Si vous avez déjà pensé ça vous êtes un tocard. C’est en gros à cause de gens comme vous que la société risque de dérailler grave et se retrouver comme dans Antiviral. Dans un Toronto d’un blanc éjaculé conception, Syd March est membre d’une entreprise très spéciale et va se retrouver dans une histoire très glauque. Sa firme l’engage pour vendre des virus, maladies et infections en tout genre ayant appartenues à des célébrités. Et les acheteurs ? Des misérables individus lambda qui payent pour mettre du piment dans leur vie. Non contagieuses et jamais mortelles, les maladies sont transmises dans un petit cabinet où une vidéo d’une star tourne en boucle. Ensuite le temps d’une semaine ou deux les fans, avec l’herpès de leur star préférée au coin de la bouche, se sentent terriblement proches de leur idole. Il ne faut pas longtemps pour comprendre à quel point cet univers est malsain et dérangeant. Tout met mal à l’aise dans ce long-métrage : les virus illustrés par des visages déformés, le lavage de cerveau orchestré par les vidéos des stars, et enfin l’acteur principal (le rôle de Syd) qui fait une incroyable performance. Perturbant, répugnant, livide, sa peau exprime encore plus l’effroi que le film en lui-même parfois. Le comédien arrive à nous faire ressentir sa douleur d’une façon gênante. Le type s’appelle Caleb Landry Jones et on le félicite en plus de porter un nom pas facile.

ÉTHIQUE EN BERNE

En dehors de ses trafics plus ou moins sadomasochistes, le protagoniste a une vie bien déprimante. Il vit dans un appart blanc, vide et mortel où il semble coincé dans un jour sans fin où chaque matin se répète sur le rythme de jus d’orange, thermomètre, sandwich Donat. Un matin, il croise sa concierge  qui lui dit que des hommes ont voulu rentrer chez lui mais la loi l’interdit. Cynisme et paradoxe de la part du cinéaste quand on sait que dans le long-métrage la loi ne dit plus rien sur la vente de virus qui pourrait pourtant aboutir à une pandémie. L’éthique a disparu et dans tous les corps de métier. Journalisme compris, tout est gangrené par la « célébrité ». Les JT se contentent de montrer des visions rayon x de l’anus dilaté d’une fausse sosie de Noamie Campbell (c’est dans le film).  Cette société de consommation où on en vient même à se faire des implants de peaux des stars. D’où la chanson de Jean Jacques Goldman, cette célébrité qui colle à ma peau (propos déformés pour le bien de cette critique). Les live show sont ici remplacés par des vidéos à la limite de la perversité bondage. Une actrice parfaite apparait sur un écran télé et vous demande ce que vous voulez qu’elle fasse. La fille est allongée nue et pleure comme si elle défendait la nouvelle campagne PETA. La fascination est compréhensible pour ces êtres à la limite de l’humanité. Parfaits, ils sont l’illusion que la société a besoin de s’approprier pour l’absurdité d’un monde austère. Les stars sont devenues des hallucinations réelles qu’il est désormais possible de croquer au sens propre.

VOIR BANDE-ANNONCE RVLG

Souvent à la limite du gerbant, Antiviral nous met une claque en intraveineuse. Brandon Cronenberg mérite la reconnaissance pour cette œuvre dérangeante qui interroge sur notre rapport au « surhumain», la star qui fascine, fait fantasmer et parait parfaite. Mais on aimerait seulement relativiser rapidement tout cela en précisant qu’à part les pisseuses prépubères fans de Justin Bieber, peu de gens seraient prêts à partager la maladie d’une star… non?

Antiviral - VERDICT

Par FMA le

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