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71

Irish Coffin

Ça fait toujours plaisir de revoir l’excellent Jack O’Connell. S’il ne se plante pas dans ses choix de carrière, ce mec a le potentiel d’aller très loin. Du moins, c’est tout le mal qu’on lui souhaite depuis ses débuts dans This is England, jusqu’à son explosion au cinéma avec les Poings contre les Murs, ou Invicible, le dernier film de Angelina Jolie. Et toujours cette rage dans le fond du regard, le feu de l’innocence consumée, l’envie de repousser les limites, la marque des grands. Un écorché net diablement banal, humain, enfoui sous une carcasse de chair qui ne cesse de s’en prendre plein la gueule. Qui encaisse, encore et toujours sans broncher. Comme un soldat, un survivant perdu dans un conflit qui (comme souvent) le dépasse totalement.

Pour son premier film, Yann Demange a l’intelligence de noyer les tenants et les aboutissants du conflit irlandais sous un épais brouillard de poussière et de fumée. Sans en définir pleinement les enjeux, le cinéaste souligne l’absurdité de l’une des pages les plus sanglantes de l’histoire irlandaise. Difficile de passer après l’adaptation filmique Bloody Sunday, sortie en 2002. L’influence de Paul Greengrass est là. Elle racle à la porte comme une vieille vicieuse, mais ne tourne jamais la poignée. Dans sa démarche, Demange parvient à offrir une peinture moins apocalyptique que son ainé. Ne vous méprenez pas, les murs de briques rouges en ruine sont bien là, tout comme les carcasses de camionnettes enflammées, les pulls miteux et les crachats en pleine figure. On reste quand même au cœur du conflit nord-irlandais, un an avant le tristement célèbre Massacre du Bogside, lors duquel 27 manifestants furent pris pour cible par les tirs britanniques. La tension qui émane de cette période est d’ailleurs un écrin historique du cinéma d’action. Hunger, Five Minutes of Heaven, The Boxer. Il y a tellement eu de films sur le conflit nord-irlandais qu’on pourrait pratiquement en faire un genre, une étiquette, une marque déposée à l’INPI.

71 n’entend pas forcément révolutionner le genre. Certaines pages du scénario sonnent d’ailleurs assez convenues, allègrement trempées dans 30 ans de cinéma conventionnel où le héros est soit un martyr, soit l’un des seuls mecs pour qui l’histoire se terminera par un bon vieux Happy Ending des familles. Tout le film est construit comme une traversée, brutale et fulgurante, d’un univers qui est totalement hostile à notre héros. Un bleu largué par sa compagnie. Un survivant, qui va se retrouver au mauvais endroit au mauvais moment, et sur qui la toile de Belfast va se refermer comme un piège mortel. Jeté en pâture à la foule, traqué furieusement par des types qu’il ne connait pas. La seule question que tente de faire subsister le cinéaste est la suivante : pourquoi ? Pourquoi toute cette haine ? Comment a-t-on pu en arriver là ? La tragédie est double, tant les ressemblances avec son quartier d’origine sont troublantes. Dans le fond, l’Irlande n’est pas si différente du trou d’Angleterre dans lequel il a grandi. La comparaison constante avec ces deux environnements s’étire jusqu’à la présence d’un jeune résistant, qui ressemble comme deux gouttes d’eau au petit frère du héros, laissant en filigrane ce sentiment assez dérangeant : se battre contre les autres, c’est aussi se battre contre soi-même.

71 - VERDICT

Par Fox Mulder le

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