Pour améliorer votre expérience , nous utilisons des cookies sur notre site Web.
Si vous continuez à naviguer sur ce site, vous acceptez d'utiliser des cookies sur le site Internet Sick Magazine . Ok En savoir plus

10 Cloverfield Lane

L’enfer, c’est John Goodman

Que ce soit dans sa construction, ou ses révélations, 10 Cloverfield Lane n’a rien de surprenant. Paradoxalement, il n’en demeure pas moins une véritable surprise, qui dépasse le cadre de son huis clos prévisible. Une surprise qui n’en est pas vraiment une, mais qui s’avère être pourtant réjouissante : c’est aussi tordu que d’annoncer un film seulement quelques semaines avant sa sortie, ou bien d’établir un lien de dernière minute avec avec un succès critique et commercial passé. On parle bien sûr du premier Cloverfield, qui avait su marquer les esprits en 2008. Au final, derrière ce qui ressemble à une nouvelle action opportuniste au pays du capitalisme et de la rentabilité, le premier long métrage du méconnu Dan Trachtenberg s’impose comme une alternative inédite aux sempiternelles suites aussi creuses que les cerveaux de ceux qui les ont conçu.

La remarque part d’un constat assez affligeant. Il est désormais acceptable de se réjouir quand la suite d’un film ne se contente pas uniquement de s’appuyer sur ses acquis, en délaissant son audace et tous les ingrédients qui ont fait de son aîné une œuvre à succès. 10 Cloverfield Lane n’est pas Cloverfield et c’est bien pour cela que la démarche est appréciable. Dans cet ordre d’idée, le film de Dan Trachtenberg est un pied de nez efficace pour qui a déjà pesté face aux numéros deux, trois, quatre de toute franchise qui se respecte. Pourtant, la création du film est née elle-même d’une idée fortement opportuniste, puisque c’est au cours de sa phase de production déjà bien avancée qu’il a été décidé de lier 10 Cloverfield Lane au film de Matt Reeves sorti en 2008. Le principe du found footage utilisé dans le premier long métrage est abandonné au profit d’une réalisation radicalement différente. Un huis clos dans un Bunker, c’est l’assurance pour le spectateur d’éviter les redites et de profiter d’un lien de complicité évident entre lui et le réalisateur. Au-delà de son récit, la dernière production de J.J Abrams avance l’idée (pas vraiment nouvelle) qu’il serait désormais plus judicieux de construire un univers autour de procédés cinématographiques différents, plutôt que de s’appuyer sur les fondations du premier succès. Ainsi, 10 Cloverfield Lane poursuit la mythologie de son aîné en distillant quelques brèves réponses. Suffisamment pour intriguer le spectateur et ne pas rompre le suspense en l’anesthésiant sous une pluie de révélations. Suffisamment pour envisager un troisième volet qui serait aussi radical que les deux précédents, et qui séduirait tout en conservant une part de mystère.

Puisqu’il est affilié à Cloverfield, le film joue un double jeu. C’est un huis clos malin qui s’appuie sur ce que le spectateur connait déjà. Ainsi, lorsque Howard recueille Michelle dans son bunker après un accident de voiture en clamant que l’apocalypse règne dehors, le spectateur sait que le personnage joué par le charismatique John Goodman est dans le vrai. Malgré cette certitude, la paranoïa de Michelle qui soupçonne les manipulations de son hôte contamine tout le long métrage, jusqu’à ébranler des certitudes qui ne peuvent être remises en question pour qui se souvient du carnage de Cloverfield premier du nom. Reste alors un jeu de méfiance, un huis clos sans grande surprise et pourtant terriblement efficace, interprété par trois acteurs qui n’en font ni trop, ni pas assez. John Goodman étant un monstre de charisme, aucun autre acteur que lui n’aurait pu jouer aussi bien le stéréotype du paranoïaque fragile sur le plan psychologique, mais terriblement puissant sur le plan physique. La surprise de cette modeste réussite vient aussi peut-être du fait que personne n’attendait que l’univers de Cloverfield s’étende sous cette forme. À peine peut-on remarquer les quelques embranchements faciles du scénario qui permettent de le lier au premier volet et d’en faire beaucoup plus qu’une simple suite spirituelle. Par ailleurs, si la fin ouvre de nouvelles portes, il serait clairement plus judicieux d’en fermer quelques-unes et de ne pas céder à la démesure dans un éventuel troisième épisode. On tiendrait alors une trilogie peut-être pas unique en son genre, mais qui s’est assurément efforcée de renouveler un peu cette manie commerciale de devoir constamment donner une suite à ce qui n’en méritait pas vraiment.

10 Cloverfield Lane REVIEW 02

Par Sholid le

Plus de lecture